Voici notre troisième texte gagnant de "la légende de l'Ebouillanté"!

La lessive de la Sainte Agathe

Au temps passé, oublié, courait beaucoup d’ouï-dire sur les superstitions, la peur du Diable, ou les punitions divines. La légende que je vais vous conter vient d’une interdiction religieuse :
Pour l’église, Il était hors de question de laver le linge à la période pascale et à Sainte Agathe (le cinq février) sous peine de malheur. Cependant, certaines ménagères par oublie ou bravade passaient outre à cette interdiction, et des choses mystérieuses se produisaient. Voilà l’histoire de Dame Clotilde.
Au moyen âge,  en l’an de Grâce 1250, Clotilde tenait une taverne dans la ruelle au moulin des Barres, dans le marais parisien, pas loin de la place de la Bastille.
Très peu portée sur le religieux, jurant comme un charron, Clotilde brava l’avertissement de l’église, et fit sa lessive le cinq février. Pendant qu’elle s’activait, elle vit entrer dans la taverne, un homme. Il était vêtu d’habits de pèlerin : c’était Jésus-Christ mais Clotilde l’ignorait.
— Que fais-tu là ? demanda-t-il à la tenancière
— Je fais la lessive.
— Il faut dire si Dieu le veut.
— Qu’il le veuille ou non, je la fais répondit Clotilde en se remettant au travail. Et elle ajouta :
—Sainte Agathe chattera. Et la lessive se fera.
Aussitôt que Clotilde eut prononcé ces paroles, Jésus se transforma en un gros chat, aussi noir qu’un corbeau. Il monta sur le buffet et se mit à surveiller tous les gestes de l’impertinente. Le chassant de tous côtés, la tenancière n’arriva jamais faire sortir ce chat de la taverne. Apeurée par la diablerie de la bête, elle alla trouver le curé Saint Gervais à l’église attenante, et lui conta sa mésaventure.
— Voilà ce que vous ferez en arrivant chez vous, lui conseilla le prêtre :  Avant de vider le dernier chaudron d’eau bouillante sur le linge, vous crierez sur le pas de la porte :
— Mon Dieu ! Mon Dieu ! le feu chez les templiers. Puis ajouta-t-il, vous viderez le chaudron d’eau bouillante d’un seul coup, vous le retournez et vous, vous  assoirez  dessus. 
Revenue chez elle, Clotilde suivit les directives du curé : elle cria la formule au feu. Aussitôt le chat noir partit à fus vers le temple ; mais il revint au moment ou le dernier chaudron allait être versé sur le linge. A sa vue Clotilde vida prestement le contenu d’eau bouillante à terre et s’assit dessus le chaudron renversé en regardant fixement le chat.
— Tu as bien fait, lui dit le chat noir, car sans cette précaution, il allait t’en cuire.
En effet, sans les bons conseils du curé, selon la croyance populaire :
« La femme ayant fait sa lessive à la Sainte Agathe se retrouvait ébouillantée par l’eau du dernier chaudron. »
L’histoire fit grand bruit dans le Marais, L’un avait vu le chat, l’autre entendu crier au feu, l’un le tenait de son grand-père, un autre ne savait plus de qui, mais ils affirmaient tous que leurs histoires étaient véridiques. La taverne de Dame Clotilde fut surnommée.  «  La Taverne de l’Ebouillantée »

Eva Viaud

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