Voici notre sixième texte gagnant de "la légende de l'Ebouillanté"!

Les fourneaux des cuisines étaient-ils les seuls à faire rougir de plaisir les clients de l’Auberge Rouge, située au numéro 6 de la rue des Barres ???

Dans cette auberge parisienne, lovée dans un coin tranquille du Marais, il semble bien que l’on s’appliquait jour et nuit, entre deux bouillabaisses, à jeter de l’huile sur le feu. A tel point que l’enseigne elle-même ne dissimulait plus les chaudes activités de l’établissement.

Tant et si bien que, sous le feu des critiques du voisinage, l’Aubergiste fut emporté par une crise cardiaque... L’auberge Rouge ferma ses portes. La veuve de feu l’aubergiste mit en vente l’établissement.

Un soir d’hiver, un ancien navigateur, amateur de bonne chair, passant devant le numéro 6 de la rue des Barres, vit la triste pancarte : « auberge à vendre ».

Afin d’étouffer l’affaire tout en procurant à une clientèle de passage un peu de réconfort, cet homme avisé transforma radicalement, à la grande surprise des riverains déjà passablement échaudés, les activités culinaires et culturelles du lieu.

C’est ainsi que, ne craignant point d’être au four et au moulin, le navigateur devint cuisinier et se spécialisa dans la cuisine à la vapeur. Avec de fines recettes apprises au fil des années, alors que son voilier sillonnait les Mers du Sud. La nouvelle clientèle attirée par son savoir faire et son amabilité fit du lieu un passage obligé pour tout gastronome au pied marin.

Mais un beau jour, dans le feu de l’action, le marmiton du bouillant maitre queue ébouillanta son patron. Certains dirent avoir entendu ce jour là des coups de feu…… Et l’aubergiste prit le large discrètement, sans commentaires…

Toujours est-il que l’histoire fit long feu dans le voisinage. L’auberge changea à nouveau de propriétaire. Mais ce dernier qui avait le sens de l’humour inscrivit au dessus de la porte, sur l’enseigne du restaurant : L’EBOUILLANTE.

De ce passé mouvementé ne subsiste aujourd’hui que l’enseigne et le ronronnement des casseroles où bout l’eau du thé le plus raffiné et mijotent les repas savoureux préparés par Géraldine et Michel pour une clientèle internationale toujours plus diversifiée.

C. ZIOLKO, mai 2006

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