Voici notre huitième texte gagnant de "la légende de l'Ebouillanté"!

LA VERITABLE HISTOIRE DU RESTAURANT L’EBOUILLANTE :

En vérité il n’y a point de légende qui puisse expliquer pourquoi ce petit et mignon restaurant se nomme « l’ébouillanté ». La réalité est tout aussi belle et originale qu’une fausse légende.
Rappelons les faits : Tout à coté du restaurant, la grande et majestueuse église Saint Gervais-Saint Portais semble veiller sur ce petit estaminet. Le lieu de culte et celui du restaurant sont intimement liés par l’histoire. L’église fut construite sur les lieux mêmes où existait uns ancienne chapelle dédiée à Gervais et Portais, deux jumeaux martyrisés au temps de Néron et dont les corps furent retrouvés en l’an 397 Ces deux jumeaux subirent de nombreuses tortures, pourquoi, je ne le sais, mais parmi leurs souffrances, avoir été « ébouillantés », n’était pas la pire.
La construction de l’église actuelle débuta en 1494, dura environ 150 ans. Parmi les nombreuses personnalités passées, enterrées, ou ayant travaillé dans ce lieu de culte, il y eu COUPERIN (1668-1733), grand compositeur de clavecin et d’orgue. Peu de temps avant ce musicien, il y eu aussi le célèbre poête-écrivain SCARRON (1610-1660). Enterré dans l’église, Scarron est connu pour son théâtre, sa poésie et ses romans (roman burlesque et roman comique). Le poète était fortement handicapé, il se raconte qu’après un bain où il aurait été « ébouillanté » par une eau trop froide, il développa une maladie bizarre, fortement invalidante. Cela ne l’empêcha pas de mener une vie normale et d’épouser une orpheline (petite fille d’Agrippa d’Aubigné) qui sera la future Mme de MAINTENON épouse de LOUIS XIV. Scarron était un bon vivant malgré sa santé fragile et son impotence, il écrivait sur l’amour, les Femmes, mais il réglait également ses comptes par sa plume.
« Il écrivait en vers
En comptant bien ses pieds,
Toujours en main un verre,
Tenant mal sur ses pieds.
Il buvait, il raillait
Et savait chanter pouilles
A quelconque fripouille
Qui l’avait ennuyé ».
C’est ainsi qu’il fit l’acquisition d’un petit local au N°6 de la rue des Barres, juste en face de l’église. Ce petit havre de paix ou celui-ci aimait écrire, méditer et boire, se transforma vite en un établissement de réunions, de chansons, de beuveries ou Scarron et ses amis venaient pratiquer une sorte de « Slam » des années 1600. Scarron nomma ce lieu : « Les Pouilles en Pieds » (ce qui veut littéralement dire : ou l’on s’insulte en vers).
Nous revoilà dans les années 1970, le propriétaire actuel vient de faire l’acquisition de ce local. Il désire en faire un endroit convivial, ou bonne chère et bonne boisson se mêlent à bonne culture (lecture, peinture, musique). Mais avant tout il fallait trouver un nom au lieu. C’est là que la difficulté commença, car le nouveau propriétaire n’avait point grande imagination, cependant il essaya. Attablé dans son établissement encore vide de clients, celui ci tentait de trouver le nom idéal. Mais il « séchait », nous étions en hiver, il faisait très froid. Buvant vin chaud sur vin chaud, l’inspiration ne venait pas, les heures passaient, il désespérait, buvant de plus en plus. Vers 16h66 (ou 17h06) l’homme se leva, titubant, un grand verre de vin chaud à la main, se dirigea vers cet endroit ou l’on soulage une envie naturelle lorsque l’on a trop ingurgité de liquide. Hélas en soulevant la lunette des WC, celui-ci glissa, le vin chaud se versa sur cet endroit que la pudeur m’interdit de nommer. Le propriétaire poussa un cri, jura : « Bon Dieu, quel Con, je me suis ébouillanté, ébouillanté ».
Quelques minutes plus tard, soulagé de sa douleur, ce Monsieur à l’humour certain se dit : « Bon Dieu, mais c’est bien sûr, mon restau je le nommerai L’EBOUILLANTE ».
NB : N’est il pas drôle que phonétiquement la phrase : les pouilles en pieds et l’ébouillanté, soient très proches?

Jacques DERRIEUX

RETOUR